La tempête

Le début de la chute infernale...

 

C'est assez doux-amer avec le recul, cette chute. THE FALL! C'est comme un plongeon au cœur d'un trou noir. On ne sait pas quand ça s'arrête, ni où. Et le plus incroyable c'est que cela nous amène dans un autre univers: plus serein, plus authentique, plus vibrant.

Mais n'anticipons pas...

 

 

En une nuit, toute ma vie fut chamboulée. Mes maigres repères, ma compréhension du monde, ma perception des adultes. Tout a volé en éclats...

Et cette descente fut longue...

 

Les jours devinrent des semaines, les semaines des mois, les mois des années.

 

Deux années loin de mon lit. Deux années loin de mon jardin. Deux années loin de ma forêt. Et cet appel qui revenait en force.

Mais dans une force nouvelle, celle de la détresse.

 

Du haut de mes dix ans je ne comprenais pas tout. Je ne voyais ni distinguais pas grand chose.

Que les demi mots et les énergies dansantes qui ne mentaient jamais.

Je ne comprenais pas pourquoi ma mère s'éteignait, comme une lampe à l'huile qui n'a plus de réserves.

Et moi qui coulait dans l'incompréhension. Je me noyais dans les non-dits.

Dès que je reprenais du souffle, une autre vague de secrets m'enfonçait la tête sous l'eau.

 

Pourquoi ne me dit-on pas les choses clairement? Pourquoi ne m'explique-t-on pas ce que signifie ces couleurs et sons que je vois partout? Pourquoi mon monde se ternit-il? Où est passée cette mère joyeuse qui courait avec moi et m'embarquait pour des pic-nics dans les arbres? Pourquoi? OUHOU, il y a quelqu'un dans ce monde d'adultes?? Me voyez-vous encore? Me voyez-vous toujours?

 

C'est comme si, du jour au lendemain, j'étais passée du statut de princesse à celui de bouffon de la cour, de mendiante aux abords du château, de paria retranchée au fond de la forêt..

Et toujours cette forêt! Ne peut-elle pas me laisser tranquille? Ne voit-elle pas que je suis entrain de mourir???

 

AAAAAaaaaaaaaaaaaaaahhhhh! Ce cri des entrailles est plus fort que tout! Je ne peux plus le contenir!

 

J'explose!

5, 4, 3, 2, 1, 0! Pschhhhh....BOUM!!!

Comme une comète entrant en collision avec une planète, j'ai explosé.
Ou plutôt, implosé. Cela ne s'est pas vu toute suite.

 

J'ai réussi, je ne sais trop comment, à disparaître totalement de ma réalité sans qu'aucun adultes ne le remarquent. Probablement étaient-ils trop occupé entre eux.

 

J'ai d'abord délaissé toutes les marques et soutiens de mon enfance. Effacer à tout prix cette douceur, ces attentions, cet amour qui étaient devenus trop difficile à supporter.

 

Je brûlais de partout, je me consumais, je devenais cendres parmi les mort-vivants.

 

J'ai d'ailleurs consumé les choses au pied de la lettre. J'ai commencé à fumer.

 

Me consumer, me consommer, me détruire. Me consumer, me consommer, me détruire. Me consumer me consommer, me détruire. Ne plus exister dans ce monde qui crache sur la beauté et la dévitalise. Ne plus respirer dans un monde qui tranche ce qu'il a de plus précieux: la vie. Ne plus vivre. Ne plus exister. Ne plus être là!

 

Ce fût la continuation de la descente aux enfers. Je croisais des ombres de plus en plus souvent. Mes ombres.

Le monde de la forêt était loin de moi. Les chants s'étaient tus, ils laissaient place à des voies obscures et chaotiques. Des voix du néant.

 

L'entrée en secondaire devait m'offrir un second souffle. Mais ce n'était que celui qui balaye tout sur son passage après le lestage d'une bombe nucléaire.

 

Je me mis à fréquenter des gens mal dans leurs baskets, et, ensemble, nous avons écorchés les restes de vie qui coulait dans nos veines.

 

Je me couvrais de noir, j'habitais le noir, j'habillais le noir et il m'habillait en retour.

 

Qu'ils sont doux ses démons qui m'emmènent vers les abysses universelles. Ils s'occupent si bien de moi, ils me voient, me remarquent, me considèrent. Qu'ils sont délicats quand ils m'offrent leurs poisons mortels. Qu'ils sont doux les démons qui m'emmènent vers les abysses universelles...

 

Je prenais tout ce qui se présentait à moi. Pour me consumer, pour me rappeler les rires d'enfant, pour atteindre le nirvana, pour retrouver l'arc-en-ciel perdu...

 

Mais une chose était permanente. La vie était toujours plus forte. Elle battait dans mes veines endolories.

Et elle me protégeait (elle ou la forêt qui sait), de l'ultime marche bancale, celle qui fait de nous son héroïne de vie tragique.

 

Une force invisible qui me maintenait en vie. Comme si mon cœur d'enfant n'était pas tout à fait éteint. Comme si mes rêves de bonheur attendait que cette tempête s’apaise.

 

Comme si je savais toujours, au fond de moi, que ce n'était qu'un passage et pas une fin en soi!

 

 

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