Et si je prenais MA vie en main?

Et si j'arrêtais d'attendre que l'aide vienne de l'extérieure?

Et si je m'aidais moi-même?

 

Ce ne serait pas la première fois...

 

Mais ça serait la première fois que je le ferais en conscience!

 

Et cela change toute la donne.

 

 

 

Voici les prémices de ma relation d'amour avec moi-même. Voilà les préliminaires de ma passion pour le potentiel humain.

Voici l'avant-première de ma pièce de théâtre, de l'opéra de ma transformation, de mon long-métrage.

 

J'ai d'abord quitté mon mari. J'ai évacué la colère, j'ai pleuré la tristesse, j'ai crié la douleur de la cicatrice.

J'ai revisité certaines zones obscures, mais peu, déjà le goût du "souffre" ne m'était plus très agréable...

 

Puis, comme toujours, j'ai décidé d'avancer!

 

Et je suis entrée au Conservatoire Royal de Bruxelles, section Arts de la Parole.

 

J'ai brillé, j'ai exulté, j'ai adoré.

J'ai ri, travaillé, pleuré, détesté, tourmenté mon esprit, retrouvé la flamme...

 

Mais... En mon "fort" intérieur... Je m'éteignais à petit feu.

 

Et une petite flamme m'a rendu la vie. Sacrifice ultime. Gratitude infinie.

 Il m'a fallu des années pour le voir sous cet angle-là.

 

Je suis tombée enceinte de mon amoureux rencontré dans les couloirs de théâtre.

 

Quelle expression bizarre d'ailleurs. Tomber enceinte. Comme si l'on courbait l'échine, si l'on s'écorchait l'âme, si on sombrait au niveau inférieur.

 

20 ans, pas de famille proche, l'amoureux s'éloignant, l'entourage jugeant, le corps professoral froid et distant.

Seule. Encore. Toujours, seule.

 

J'ai souvent trouvé cela difficile. J'ai fini par comprendre que c'était mon chemin, je l'accepte à présent, c'est plus doux, plus simple.

Sauf que pour une fois j'étais deux en une. J'étais moi + une autre. Moi et une âme me tournant autour, grandissant dans mon ventre.

Si abstrait, si concret, si chamboulant. J'étais une somme incroyable d'antithèses, de dichotomies, d'inverses et de contraires.

 

Je ne veux pas t'élever seule. Je ne veux pas qu'on me prive de ma liberté maintenant. Je ne suis pas prête. J'ai peur. Je ne veux pas t'élever seule. Je ne saurai pas t'élever, je suis encore trop perdue en moi-même, je n'y arriverai pas, je meurs de toi, je meurs de moi, je porte la mort en moi.

 

Il y a une chose qu'on ne nous dit pas sur l'avortement. Parmi tant d'autre chose. C'est la sensation de mort.

Une fois que la décision est prise, on ne porte plus la vie, on porte la mort.

Et le poids du regard des autres est le plus culpabilisant.

Légalement, c'est d'ailleurs toujours un meurtre. C'est toléré, non dépénalisé. Cela fait une grande différence dans la balance énergétique.

On se sent coupable. Je me suis sentie coupable.

La gynécologue qui a fait cette intervention était enceinte jusqu'aux yeux. Elle suintait la culpabilité. C'était pire que tout, surtout lorsque "malencontreusement" elle laissa glisser l'échographie du fœtus devant moi... Ce sont des pratiques trop courantes! Il faut que cela cesse.

 

Je ne l'ai dit qu'à deux personnes à l'époque. J'étais si mal. J'étais si coupable de tuer ma propre fille dans mon ventre par manque de courage, de soutien, de moyens financiers et énergétiques.

J'étais si coupable. Et si révoltée qu'on tue mon enfant, mon enfance et ma naïveté.

 

Et j'étais tellement mal que j'ai fini par hurler avec les louves.

 

J'ai envoyé tout valdinguer dans les murs des conventions sociales.

J'ai broyé les doigts des obligations morales.

J'ai détruit par les flammes de ma révolte d'injustice toutes les attentes des autres à mon égard.

Et j'ai avancé.

 

J'ai décidé de partir en Amérique du Sud. De partir sur un chemin initiatique qui me serait personnel.

De partir loin de mon mal-être, de mon malheur et des mauvais souvenirs.

 

Et j'ai remercié ma fille, Luce. Je l'ai bénie, nommée, enterrée dans mon cœur. Je lui ai fait un rituel qui m'était personnel.

J'ai demandé à l'Univers de m'aider à guérir cette blessure, à cicatriser. Cela m'a pris 7 ans.

 

Plus tard, quand j'ai regardé en arrière, des larmes de gratitude ont coulé sur mes joues.

 

J'étais entrain de m'éteindre, de mourir à ma véritable nature authentique quand j'étais au Conservatoire.

La venue de Luce dans ma vie et la décision que j'ai du prendre m'ont rendu la vie. Même si ce fût une mort.

La vie et la mort sont si étroitement liés; un passage, une transformation, une opportunité alchimique de passer au niveau suivant d'apprentissage.

 

Cela n'engage que moi. Ce sont mes ressentis.

Je vous partage cela car, peut-être, vous aussi avez vécu une situation similaire et peut-être vous sentez-vous seule face à cela.

Ceci est une opportunité de voir les choses d'un angle différent.

 

Ce sont des choses qu'on ne dit pas. Qu'on ne murmure pas. Qu'on cache.

 

Je vous partage ceci car, nous ne sommes pas seul-e-s.

 

 Dans chaque situation délicate, difficile voire morbide, nous pouvons les vivre de différentes façons.

Que ça soit un burn-out, une rupture, la perte d'êtres chers, un accident...

Nous ne sommes pas obligées d'être victime sans arrêt.

Nous ne sommes pas obligées d'être fortes à tout prix.

Nous pouvons vivre le processus à fond, de A à Z, nous pouvons aller jusqu'aux tréfonds de la douleur, de la détresse, de la situation gluante que nous expérimentons.

Puis, quand nous avons fait le tour de cela, quand nous avons percé les abcès et vider notre plaie, alors nous pouvons cicatriser, rebondir, repartir grandie. La tête droite et le cœur ouvert.

 

Cela prend du temps parfois. Beaucoup de temps. Ne désespérez pas, tout vient à point à qui sait attendre.

Et vous n'êtes pas seule, nous ne sommes pas seules.

Ensemble nous pouvons surmonter les obstacles plus facilement. Ensemble, nous pouvons surmonter les peines les plus violentes.

 

Peut-être est-il temps de réhabiliter la sororité qui nous lie naturellement...?

 

Écrire commentaire

Commentaires: 1
  • #1

    Lilyblues (mardi, 04 juillet 2017 00:18)

    Merci Sarah pour ce magnifique message. C'est un cadeau précieux qui arrive juste au bon moment pour moi. Mon cœur à repris un peu de force grâce à toi. À bientôt. ��