Atterrissage: début d'une transformation profonde

Tout commença par l'atterrissage en Terra Incognita.

 

Je descendais vers le sol colombien en même temps que de descendre dans les profondeurs de mon être.

 

Et l'avion s'arrêta.

Pas ma descente.

 

Je venais de faire un plongeon dont je n'imaginais pas encore l'ampleur.

 

 

Ce ne fût pas très confortable au début. Je ne parlais pas espagnol, mon accompagnateur si. Tous les enfants me dévisageaient d'un œil méfiant, sourire en coin. J'étais assez mal à l'aise. Et le plus grand malaise fût d'être submergée par mes émotions.

 

Dès les premiers jours, je m'effondrais comme une madeleine. Et je ne savais pas expliquer pourquoi, c'était déroutant!

J'avais voulu ce voyage, je l'avais si fort souhaité que tout l'Univers avait conspiré pour que cela se passe et pourtant... Je rêvais de rentrer dans mon pays. Je fantasmais surtout de retourner dans ma zone de confort.

 

Là-bas tout m'était inconfortable car je devais affronter mon moi profond, mes doutes, mes faiblesses, mes peurs, mes lâchetés.

Tout le package.

Et je pleurais sans cesse. S'en était lassant, même pour moi.

Mais plus les jours passaient et plus les enfants et adolescents de la communauté venaient vers moi. Ils étaient adorables car ils me consolaient, me prenaient dans leurs bras fort et déterminés. Et cela redoublait l'intensité de mon mal-être.

 

Je me sens honteuse de larmoyer ainsi. Ils ont vécu tant de choses et eux ne pleurent pas! Ils rient, jouent, aiment, sourient.

Ils ont vu la mort en face, certains ont dû choisir de tuer pour ne pas être tuer, ils ont vécu l'effroi, la fuite pour la survie, et moi je pleure parce que je veux rentrer dans mon pays avec de l'eau chaude et des gentils policiers dans les rues. Quelle honte!

 

Plus je luttais contre mon vague à l'âme (que dis-je ma tempête intérieure), plus cela empirait. À côté de cela, les ateliers théâtres se déroulaient bien. C'était cocasse et joyeux. On faisait des gestes pour se comprendre, et quand les enfants n'écoutaient plus, je parlais en français, ça ramenait leur attention.

 

Petit à petit, au fil des jours, j'ai appris à voir la situation d'un autre angle. J'ai appris à accepter d'être faible, un peu princesse précieuse et égocentrique.

Et j'ai ouvert les yeux sur une autre réalité: la résilience.

Ces jeunes gens et ces enfants m'ont appris l'humilité, la persévérance, le courage et la détermination.

Parce que malgré tout leur vécu, ils voulaient continuer à vivre. À VIVRE! Pas à survivre, non! À VIVRE!

Quelle leçon! Ils avaient vécu des horreurs mais continuaient à aimer, à rire, à rêver!!

 

Alors j'ai courbé l'échine, j'ai lâcher-prise, j'ai renoncé à la lutte. J'ai laissé coulé le flot jusqu'à tarir les larmes.

Puis, j'ai pris une décision.

Me confronter directement à moi-même. Sans filets, sans repères, sans attaches.

Je voulais vivre le processus de nettoyage à fond, au karcher.

 

J'ai décidé de quitter BenPosta et de partir seule, sur les routes, au Pérou.

Pour apprendre la langue, apprendre à faire confiance à la vie, apprendre à me faire confiance.

J'ai salué les membres de la communauté, enfants, ados et adultes.

J'ai repris mon sac à dos et un avion, et je suis partie.

 

Et j'ai re-pleuré un peu, mais je savais que c'était bon signe. C'est que j'étais sur la bonne route.

L'arrivée à Lima fût épique. Je ne savais pas où dormir, je parlais 6 mots d'espagnol mais j'avais un routard!!

Alors j'ai checké une auberge de jeunesse et j'ai pris un taxi.

En arrivant là-bas, il ne restait qu'une seule place, dans un dortoir avec... une française!

Voilà, le miracle commençait. La magie de l'Univers était en route. Je me suis installée dans le lit superposé, j'ai sorti deux-trois affaires, et nous sommes allées manger un morceau ensemble.

L'aventure se poursuivrait comme cela chaque jour... De surprise en cadeaux, d'indications en indices, d'apprentissages en leçons de vie...

Je savais que je retournerais à BenPosta, mais quand? Ça, je l'ignorais! Le principal était de profiter du présent et de ce heureux hasard..

Hasard? À vous de voir ;-)

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